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A Toxics-Free Future

L’influence néfaste de l’industrie de l’amiante

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Kathleen Ruff et Jean Zigby - Respectivement récipiendaire de la Médaille de l’Assemblée nationale, et Ancien président de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement

Par le passé, le Québec était l’un des plus grands exportateurs d’amiante au monde. En décembre 2018, des décennies après les autres pays de l’Ouest, le Canada a finalement banni l’exploitation, l’utilisation et l’exportation de l’amiante.

Pourquoi si tard? De la même manière que d’autres industries puissantes – que ce soit l’industrie des énergies fossiles, du tabac, des pesticides ou les pharmaceutiques – l’industrie de l’amiante rejette les preuves scientifiques incommodes et réussit à subvertir la politique gouvernementale.

L’influence néfaste de l’industrie de l’amiante continue à ce jour et cause du mal au Québec et autour du monde. Le coût humain et économique est et sera énorme.

Un Organisme à but non lucratif?

L’Association internationale du chrysotile (AIC) est enregistrée au Québec comme un organisme à but non lucratif. Le gouvernement québécois affirme que les organismes à but non lucratif enregistrés au Québec «poursuivent un but à caractère moral ou altruiste et n’ont pas l’intention de faire des gains pécuniaires à partager entre les membres».

Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. L’AIC encourage l’utilisation de l’amiante chrysotile dans les pays pauvres – une activité interdite au Québec; elle répand une désinformation mortelle au Québec et autour du monde qui nie les dangers de l’amiante chrysotile; et elle travaille à détruire le droit au «consentement préalable en connaissance de cause» que fournit à des pays en développement la Convention onusienne de Rotterdam.

L'AIC sert les intérêts financiers des entreprises d’amiante à l’étranger

Les six directeurs financiers de l’AIC ne sont pas des personnes désintéressées et altruistes. Ils travaillent pour les entreprises des mines d’amiante en Russie (Yury Kozlov), au Kazakhstan (Kanat Kopbayev) et au Zimbabwe (Chirandu Dhlembeu), les entreprises d’amiante-ciment en Inde (G. Vivekanand) et au Mexique (Antonio Galvan Carriles). Le sixième (Bob Pigg) est un représentant des anciennes organisations du lobby pour l’amiante aux États-Unis. Depuis longtemps, ils ont tous un intérêt financier à promouvoir la vente d’amiante dans les pays en voie de développement.

Par le passé, un représentant des mines d’amiante du Québec était président de l’AIC. Aujourd’hui, le conseil d’administration de l’AIC n’a aucune participation du Québec. Le fait d’être incorporée au Québec l’aide cependant à blanchir ses activités.

Les activités de lobbying de l’AIC sont secrètes. Cependant, des documents révélés lors de procès montrent que l’AIC a interféré dans les processus démocratiques de pays en voie de développement pour favoriser leurs intérêts financiers et annuler des propositions d’interdiction de l’amiante.

L’amiante chrysotile constitue 95% de l’amiante utilisé dans le monde et 100% du commerce mondial de l’amiante aujourd’hui. L’AIC affirme que les découvertes scientifiques récentes encouragent l’utilisation de l’amiante chrysotile. Cette information est complètement fausse.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) demandent qu’on arrête d’utiliser l’amiante chrysotile: «La conclusion de l’évaluation de l’OMS et du CIRC est que l’amiante chrysotile cause le cancer du poumon, du larynx et des ovaires, le mésothéliome et l’asbestose.»

Aucune organisation scientifique au monde n’appuie les arguments de l’AIC qui ont été développés par un scientifique payé plus de 1 million de dollars par l’AIC et son ancien collaborateur, l’Institut du chrysotile.

Au Québec et dans tout le Canada, l’amiante continue d’être la principale cause de mortalité par maladie professionnelle.

L’AIC emploie les mêmes tactiques que d’autres industries nuisibles

L’AIC attaque ceux qui s’opposent à l’utilisation de l’amiante chrysotile – par exemple, les Associations médicales du Québec et du Canada, les Sociétés du cancer du Québec et du Canada, les Associations de santé publique du Québec et du Canada, l’Organisation mondiale de la santé, la Commission internationale de santé au travail, la Fédération mondiale d’associations de santé publique, l’Union internationale contre le cancer, la Confédération syndicale internationale – et allègue que ces derniers font partie d’une guerre commerciale secrète qui utilise des «astuces» pour discréditer l’amiante et manipuler l’opinion publique. L’AIC parle de «fanatiques anti-amiante» et de «victimes de l’hystérie anti-amiante».

De telles tactiques rendent impossible un débat rationnel. Les populations qui habitent les régions où se trouvent des mines d’amiante et où il y a des projets pour commercialiser les déchets miniers croient à ces complots et rejettent les faits scientifiques. Cette distorsion mènera au désastre.

Respecter la science

Hier, avec des scientifiques et des organisations de partout dans le monde, nous avons envoyé une lettre au premier ministre François Legault. Nous demandons que le Québec ne facilite pas la diffusion d’une science frauduleuse. Le maintien de l’incorporation de l’AIC au Québec aide à la vente outre-mer d’un produit qui est interdit au Québec, parce qu’il présente une menace pour la santé humaine. Cela démontre un double standard, comme si la vie des gens dans les pays pauvres ne méritait pas de protection.

Nous demandons au gouvernement de respecter la science et de mettre fin à cet organisme qui déshonore le Québec.